LES FASCIAS, VOUS DITES ?
Par Mathilde Barjon
Que sont-ils?
Image : Promenade sous la peau : Jean Claude Guimberteau
L’exemple du pamplemousse illustre très bien ce que sont les fascias. Si nous ouvrons le fruit en deux, nous constaterons que ce dernier n’est pas constitué que de pulpe mais aussi d’une composante fibreuse qui va segmenter le fruit en quartiers, et soutenir le tissu proprement dit.
Les Fascias sont désignés comme un réseau de support, reliant différentes structures anatomiques entre elles.
Ils sont formés de tissu conjonctif avec une composition riche en fibres de collagène, en eau, en protéoglycanes (protéines qui retiennent l’eau) et en élastine (protéines élastiques résistantes).
Ils nous recouvrent des pieds à la tête, de la surface de la peau à la profondeur des os et des cellules, telle une combinaison de plongée. Ils sont donc “continus”.
Ils sont en réorganisation permanente.
Chez un adulte, ces membranes blanchâtres pèsent une vingtaine de kilos.
Ils s'insinuent donc partout, soutenant, protégeant, et cloisonnant chaque partie de notre corps (muscles et groupes musculaires, os et articulations, artères, nerfs, organes, glandes, etc.). Le fascia « unit et sépare tout, sépare et unit tout » (L. et M. Issartel, 1983).
En gros, sans eux, notre corps ne tiendrait pas debout, et se désolidariserait complètement.
Il en existe 3 grands groupes :
-Les fascias superficiels: Ils se trouvent directement sous la peau.
-Les fascias profonds: Ils entourent les muscles, mais aussi les fibres musculaires et les organes.
-Les fascias méningés: Ils entourent le cerveau ainsi que les méninges.
Quelles sont leurs fonctions?
“Neurologie, perception du corps, transmission de la force, tension - cicatrisation. Il n’existe guère de domaine où leur rôle n’est pas déterminant. Il est clair aujourd’hui que les fascias ont une part centrale dans notre santé.” (Robert Schleip, spécialiste en fascias)
La fonction mécanique des fascias peut se rapporter à un modèle de tenségrité.
La tenségrité se caractérise par la capacité qu’a une structure à se stabiliser par le jeu des forces de tension et de compression qui s’y répartissent et s’y équilibrent.
Cela signifie par exemple qu’en reliant des barres par des câbles, sans relier directement ces dernières entre elles, on finit par avoir un système rigide et déformable. Les fascias sont dans notre exemple représentés par les câbles. Cela leur donne un rôle de stabilisateurs, d’amortisseurs, de répartiteurs de contraintes, tout en étant protecteurs des structures qu’ils entourent.
Du fait qu’ils soient anatomiquement liés aux vaisseaux (sanguins et lymphatiques) et aux nerfs, ils ont un rôle essentiel dans le maintien d’une circulation optimale. Cela en fait un lieu d'échange nutritif corporel visant au maintien de l’homéostasie. Les fascias sont un acteur central dans la régulation du flux nerveux, endocrinien et immunitaire.
Par ailleurs, ils renferment un très grand nombre de capteurs de mouvements ainsi que de capteurs à la douleur. En fait, bien plus que les muscles et articulations eux-mêmes. Cela fait des fascias le plus grand organe sensoriel du corps humain. Leur lien étroit avec le système nerveux végétatif leur permet d’envoyer de façon continue des messages au cerveau, qui a ainsi une bonne perception du corps statique ou en mouvement.
Enfin, les fascias sont capables de répondre à des messagers de signalisation cellulaire. En fonction du signal, ils peuvent se contracter indépendamment des structures qu’ils entourent, c'est-à-dire les muscles, nerfs etc. Certains de ces messagers agissent avec l’inflammation, mais aussi avec le stress émotionnel de manière progressive et durable. Cela ouvre une grande porte sur le lien entre stress émotionnel et tension globale du corps. Les fascias ont une “mémoire” tissulaire: ils emmagasinent l'énergie de tout ce qui nous arrive (émotions, douleurs, blessures etc.), et s’en souviennent.
Finalement, en raison de toutes ces fonctions, ils sont indispensables dans le maintien d’un équilibre aussi bien physique que physiologique.
Aujourd’hui, on sait que ce tissu conjonctif resté longtemps dans l’oubli, est un point central de la bonne santé. Et pour cause, le domaine de la cancérologie étudie des pistes de prévention et de traitements en lien avec les fascias.
Ils sont le siège de maux et maladies restées jusqu’alors inexpliqués, mais seraient aussi source potentielle de guérison.
Et l'ostéopathie dans tout ça?
Comme détaillé plus haut, les Fascias sont faits de tissu conjonctif. Ses cellules, les fibroblastes, vont réagir à des stimuli physiques, mais également chimiques et émotionnels. Lorsque le tissu est “blessé”, les fibroblastes vont répondre en stimulant la cicatrisation, permettant une réduction plus rapide de l’inflammation.
En effet, les fibroblastes envoient des signaux pour relâcher les fibres. Ceci est une régulation cellulaire active de la tension du tissu conjonctif. Par ailleurs, ces fibroblastes sont sensibles autant aux étirements actifs qu’à l’ostéopathie ou l’acupuncture. Ils vont y répondre en s’allongeant, permettant alors un relâchement des fascias.
“Une couche de fascia en bonne santé doit pouvoir glisser par rapport aux couches qui l’entourent. Au niveau du dos : le fascia doit glisser de 75% de sa longueur. Or, il est constaté qu’un patient souffrant de maux de dos a un fascia qui ne glisse que de 50% de sa longueur.” (Dr Langevin, Fascinants fascias).
L’ostéopathie est basée sur un certain nombre de grands principes. Trois d’entre eux nous intéressent particulièrement:
“Le mouvement est source de vie”.
Un corps en mouvement est un corps en bonne santé. Et on sait que la sédentarité aujourd’hui est un véritable fléau contre son maintien.
Donc des fascias en bonne santé sont des fascias qui bougent. Le manque d 'activité physique va atteindre ces derniers au plus profond de leurs cellules. Cela va modifier la façon dont ils sont censés se réorganiser, et à terme, les faire se densifier. Cela aura pour conséquence de créer des compressions, restrictions douloureuses pour le patient.
« La structure gouverne la fonction ».
Les fascias recouvrent toutes les parties de notre corps : ils jouent alors un rôle aussi bien dans la structure que dans la fonction de chacunes d’entre elles : qu’elles soient ostéo-articulaires, musculo-tendineuses, ligamentaires, ou même viscérales, vasculaires, nerveuses, lymphatiques.
« La loi de l’artère est suprême ».
Les fascias étant étroitement liés aux vaisseaux sanguins du fait de leurs rapports anatomiques, il est compréhensible qu’une rétraction des tissus conjonctifs autour des artères ou veines, va être une entrave à la circulation sanguine, et entraînera alors une congestion. A terme, cela aura une incidence sur le bon fonctionnement de la région anatomique en question, ainsi que sur les échanges nutritifs, pouvant altérer l'homéostasie.
En outre, l’ostéopathe veut s’assurer que toute partie du corps bouge comme elle le devrait, de telle façon que l’ensemble du corps lui aussi bouge comme il le devrait. Il pourra alors fonctionner à sa capacité optimale.
Par l’intermédiaire des fascias, le praticien pourra traiter tout manque de mobilité en s’assurant que ces derniers aient une balance tension/relâchement bien équilibrée. Il va les mobiliser de façon à vérifier qu’ils respectent bien leurs plans de glissement.
Ces techniques sont souvent appelées “techniques douces”. En effet, elles demandent un touché délicat, mais elles ne sont pas moins efficaces que d’autres techniques que vous ressentiriez de façon plus évidente. Une chose est sûre, votre ostéopathe saura toujours choisir les techniques les plus appropriées.
Sources :
Arte reportage : Fascinants fascias –Les alliés de notre organisme: https://www.youtube.com/watch?v=bC1abGRhhIg
Modèle de tenségrité du pelvis :
https://www.youtube.com/watch?v=ajPsXGzNZlM
Jean Claude Guimberteau: Promenade sous la peau : https://www.youtube.com/watch?v=L5rCuIYlr9o
Serge Paoletti : Les fascias : rôle des tissus dans la mécanique humaine Ed. Sully, 2011.
Bindegewebe. Tissu conjonctif, un nouveau chapitre de la médecine?, Dans Geo 2015 p.98-119.